Pour Pascal Champvert, président de l’association des directeurs au service des personnes âgées, « il faut considérablement augmenter le nombre des professionnels auprès des personnes âgées ».

Franck : La France est-elle plutôt maison de retraite ou prise en charge à domicile ?

Pascal Champvert : Depuis une cinquantaine d’années, la France dit qu’elle favorise le domicile. Il y a cinquante ans, il y avait essentiellement en établissements des gens qui avaient des revenus faibles. Et à l’époque, la volonté que les gens soient à domicile était une véritable avancée. Depuis, on a créé le minimum vieillesse et augmenté le niveau des retraites. Et les établissements auraient donc pu disparaître. Mais entre-temps, avec l’allongement de l’âge de la vie, sont apparues de façon beaucoup plus importante des personnes âgées fragilisées, handicapées.

Le vieillissement de la population est, avec la réforme des retraites, au cœur du sommet social de l'Elysée, lundi 15 février. Un projet de loi devrait être présenté cette année.

On les appelle souvent dépendantes, je refuse pour ma part ce terme, qui est dévalorisant et péjoratif. Or les mots ont un sens. Aujourd’hui, l’aide en établissement concerne pour l’essentiel des personnes fragilisées ou handicapées, et aussi des personnes isolées.

Il y a 1 200 000 personnes âgées fragilisées dans notre pays, et un peu plus de la moitié à domicile, et un peu moins de la moitié en établissement. Pensons toujours que parmi les 80 ans, 80 % sont en bonne santé, donc on ne parle là que de ceux qui ont des handicaps ou des difficultés.

Dire que l’immense majorité des personnes âgées sont à leur domicile, c’est dire que l’immense majorité des personnes âgées vont bien. Pour autant, il faut s’occuper dignement de celles qui ont des difficultés physiques ou psychiques.

Sophie : A-t-on tiré des leçons de la canicule ?

Pascal Champvert : La canicule de 2003 a permis une prise de conscience dans la classe politique des retards de notre pays. A la suite de cette prise de conscience, il y a eu un certain nombre de prises de parole des deux précédents premiers ministres, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, et des paroles fortes de Nicolas Sarkozy et des responsables de l’opposition.

Prise de conscience, prise de parole, mais peu de prises de décision. Dire qu’on n’a rien fait est inexact, mais depuis 2003, le seul financement nouveau est celui du lundi de Pentecôte, et encore, seule la moitié des ressources a été consacrée à l’aide aux personnes âgées. Et depuis 2003, une partie de ces ressources consacrées aux personnes âgées ont été détournées par l’Etat ou l’Assurance-Maladie pour combler leur déficit.
Tous les acteurs du secteur attendent donc une grande réforme, celle qui a été annoncée par le président Sarkozy, c’est-à-dire la création d’un nouveau champ de protection sociale appelé « cinquième risque ». Il s’agit, à côté de la maladie, des retraites, de la famille et des accidents du travail, de créer un autre dispositif de protection sociale pour l’aide à l’autonomie des personnes âgées et handicapées.

pierre : Le gouvernement envisage de développer les assurances individuelles et de prélever le patrimoine des personnes âgées. Que pensez-vous de ces deux pistes de financement ?

Pascal Champvert : Dans le cadre de la création de ce nouveau champ de protection sociale, les acteurs concernés (retraités, personnes âgées, familles, professionnels, organisations syndicales) demandent un financement reposant sur la solidarité nationale. Impôts, cotisations sociales… Nous sommes prêts à envisager le financement par des assurances privées, mais uniquement à titre complémentaire. Financer tout ou partie de la prestation par le patrimoine peut être envisagé, à condition que l’on fasse contribuer l’ensemble des patrimoines en fonction de leur importance, et surtout pas uniquement le patrimoine des personnes âgées fragilisées. En effet, aujourd’hui, une dame de 90 ans qui a une maladie cardiaque bénéficiera de soins médicaux parfois très coûteux (hôpital, clinique…) et lèguera l’ensemble de son patrimoine à ses enfants.
A l’inverse, une autre dame de 90 ans qui a une maladie d’Alzheimer, qui est en établissement, ne pourra léguer qu’une partie de son patrimoine, car l’autre partie lui sera reprise. Cela constitue une profonde inégalité entre les personnes âgées suivant leur pathologie, et ce n’est pas acceptable. C’est un des éléments que nous attendons de la création du cinquième risque.

bof94 : Que pensez vous de de la baisse des aides publiques et de l’arrivée massive du secteur privé dans le maintien à domicile ?

Pascal Champvert : Le secteur de l’aide au domicile est aujourd’hui en crise grave. Ces derniers mois, plusieurs associations ont été contraintes de mettre fin à leur activité en ne pouvant plus continuer à aider les personnes concernées et en licenciant leur personnel.

Cette situation est absurde dans un secteur où tout le monde reconnaît que les besoins vont être de plus en plus importants compte tenu des évolutions démographiques. Le problème tient pour l’essentiel aux dysfonctionnements des modes de financement, qui ne permettent plus aujourd’hui aux associations d’assurer leur équilibre financier. Ainsi, quand une heure d’aide à domicile revient à 20 euros et que le département ne la finance qu’à 18 euros, on voit très vite les difficultés que cela entraîne. Derrière cela se pose le problème de l’impossible équilibre des finances départementales. Nous demandons donc à court terme un plan d’urgence pour les associations en difficulté, et plus fondamentalement, une remise à plat dans le cadre du cinquième risque de l’ensemble des aides aux personnes âgées à domicile.

Il est incontestable que les sociétés privées s’intéressent de plus en plus à l’aide à domicile, ce qui en soi n’est pas critiquable. Il faut cependant être extrêmement vigilant à ne pas mélanger, dans le développement des services à la personne, des personnes tout à fait en mesure de se comporter en consommateurs sur un marché (familles cherchant une garde d’enfant, des cours de soutien scolaire ou l’entretien de la maison ou du jardin…), avec des personnes âgées fragilisées, parfois isolées, qui ont besoin d’une véritable aide et doivent être considérées comme des personnes à aider avant que d’être des consommateurs.

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